En 1924, la préfecture de la Seine prépare, sous la direction de l’ingénieur Brette, des plans d’aménagement de la banlieue. Elle s’appuie sur la loi du 14 mars 1919 votée à l’instigation du député Honoré Cornudet qui oblige notamment les villes du département de la Seine à se doter d’un « plan d’aménagement, d’embellissement et d’extension » (PAEE) dont la date butoir est finalement reportée en 1926.
Dans ce contexte, Clamart, située à quelques kilomètres de Paris, est particulièrement concernée par de futurs aménagements. C’est ce qui motive les fondateurs de la future association clamartoise, soucieux de l’avenir de la ville où ils habitent.
Une première réunion préparatoire a lieu à Clamart le samedi 7 juin 1924 à l'école privée de garçons, 7 rue de Paris (actuelle rue Jean Jaurès). L’assemblée est constituée de douze personnes : M. Chaussé ; M. Emmanuel Bescond[i] ; M. Fegly ; M. Maërten ; M. Marchon ; M. Paga ; M. Peignon ; M. Peignon fils ; M. Antony Ludovic Regnier (père) ; M. Georges Regnier (fils) ; M. le capitaine Robineau. MM. Chaussé et Paga sont conseillers municipaux. Sont excusé·es Mme Chevillon et MM. Renoir et Cabot.
Les grandes lignes des buts de la future association régie par la loi 1901 sont alors définies. Les personnes présentes jugent « utile de créer un groupement de défense de Clamart » afin de « suivre l’aménagement de Clamart »[ii]. Il s’agit de « conserver le plus possible le caractère du pays » alors que la préfecture de la Seine prépare un vaste programme d'aménagement de la banlieue parisienne. La ville étant bien desservie par le train et le tramway, les initiateurs du futur groupement (c’est ainsi que se présente l’association) estiment nécessaire d’obtenir le prolongement de ces moyens de transports au-delà de Clamart, notamment vers le plateau, pour limiter une augmentation de la population dont la conséquence serait la modification du caractère de Clamart.
Une deuxième réunion préparatoire a lieu le 20 juin 1924, celle-ci est plus formelle. Le projet de statuts rédigé par Regnier est débattu, amendé et adopté. La décision est prise de déclarer l’association afin de « travailler avec beaucoup plus de résultats. » L’enregistrement officiel, le 20 septembre à la préfecture de police sous le n° 163004, est suivi de la parution de l’annonce de la création de l’association au Journal officiel du 23 septembre 1924.
C’est finalement le 17 octobre, lors de la première séance du « comité de la société », que les dirigeants de l’association sont élus : Ferdinand Keller, président ; Fégly, vice-président ; Georges Regnier, secrétaire ; M. Bescond, secrétaire adjoint ; M. Peignon, trésorier. « M. Ferdinand Keller, président d'honneur des " Amis de Clamart " est président de la 421e section de vétérans de Clamart (Seine). Ancien militaire de carrière, il est aussi président honoraire perpétuel et fondateur de la Société de secours mutuels des armuriers de l'armée, président de la Société de préparation militaire « La Saint-Louis de Gonzague » de Clamart, décoré de la Médaille militaire, de la Médaille coloniale, de la Médaille d'or de la Mutualité, de la Médaille de 1870-1871, de la Croix de guerre. Il est, enfin, chevalier du Nicham-el-Anouïne et titulaire de la médaille d'or de la Mutuelle des armuriers et de la Médaille d'argent des Vétérans pour services rendus à ces deux sociétés. »[iii]
La cotisation est fixée à 5 francs. En l’espace d’une heure, plusieurs points sont abordés. Une lettre sera adressée à M. Emmanuel Sarty, maire de Clamart, pour l'aviser de la création de la Société et lui offrir d'en être président d'honneur (ce qu'il refusera). Le secrétaire Georges Regnier, véritable instigateur de la société, fait part de la visite d'un géomètre de la préfecture, venu pour obtenir des renseignements relatifs à l'histoire de la commune et de son développement. Le président fait à son tour part de l'offre d'un ami de venir parler de l'histoire de Clamart, un dimanche après-midi. Offre acceptée comme très utile et venant bien à point, mais qui n'aura jamais lieu !
On se propose d'emprunter un livre écrit par M. Barbaroux sur l'histoire de Clamart. L’assemblée désire créer un groupement de « “sans-filistes” pour développer les distractions au foyer et y retenir la jeunesse. Et si plus tard, la société avait en participation - ou autrement - une station d'émission, les Amis de Clamart pourraient avoir une certaine influence sur le caractère des sujets choisis et leur rapport avec les traditions du pays. »[iv]
Les réunions suivantes, jusqu’à la fin des années 20, sont l’occasion d’envisager et/ou de mettre en place des projets. Le premier projet historique voit le jour : demander à la préfecture de conserver la zone de la Redoute de Châtillon en haut de la rue du Plateau (futur emplacement du lycée Monod) et d'y aménager des promenades, englobant le parc Beauséjour. Le projet est transmis à la préfecture. Premier succès, l’association obtient, avec l’aide du Touring-Club de France, l’établissement de bancs rustiques dans le bois de Clamart. Elle est chargée d’en surveiller le plan d'aménagement dont on parlait déjà lors de la fondation de la Société.
Plus tard, la cité Boigues et le bois sont défendus contre la percée d’une voie vers le plateau. Mais le projet est maintenu (il s’agit de l’actuelle avenue Claude Trébignaud). Les Amis de Clamart aux côtés de la société des Transports en commun de la région parisienne (TCRP qui deviendra la RATP) songent à un nouveau tracé du tramway dans le cœur du village au travers de la Cour aux Juifs, par la rue Fillassier, pour regagner la rue du bois (actuelle rue René Samuel), « plutôt que de défigurer la place de l'Eglise ».
La Société des Amis de Sceaux[v], avec laquelle l’association entretient des relations, signale qu'elle est affiliée à la Fédération des Sociétés d'histoire de Paris et de l'Île-de-France. Les Amis de Clamart rejoignent cette fédération. Actuellement, Les Amis de Clamart sont affiliés à la Fédération des sociétés historiques et archéologiques de Paris-Île-de-France dont le siège est aux Archives nationales.
A partir de 1926, il est envisagé des conférences sur l'histoire de Clamart. MM. Bérenger et Vénard sont pressentis. La recherche documentaire s’organise ; ainsi « en ce qui concerne l'enrichissement de la documentation sur Clamart, M. Vuichon conseille la recherche de photographies, de relations anecdotiques, etc... »[vi].
Plus tard, il est fait état d’un projet de conférence historique à l'occasion d'une fête du patronage Saint-Louis de Gonzague. Il s’agit, à travers cet évènement, de faire connaître Les Amis de Clamart et de provoquer de nouvelles adhésions. L’association envisage également la constitution d'un centre de documentation sur l'histoire de Clamart pour servir à la défense de l’ancien Clamart et à une meilleure adaptation des projets d'aménagement de la ville.
En matière de protection du paysage et du maintien d’espaces libres sur la commune, trois cartes de la région de Clamart au 1/550e sont achetées pour y faire figurer « les désidératas et projets de la société et notamment les résultats acquis ».
L’association se renforce. Mme Lance[vii], sa présidente de 1987 à 2009, a relevé[viii] dans les comptes rendus des réunions des membres de la société que plusieurs Clamartois·es notoires viennent la rejoindre : MM. Armand, Alfred Rastoul, Raoul Guyot, Gresy, Ferraille, Gastoué, Frey, le docteur Albert Pernet ainsi que Mme Lucot. D’autres noms apparaissent au gré des réunions du comité : Janviaux ; Marchon ; Perrin ; Helmer.
En 1928, Keller, qui était président depuis la fondation de la société, se retire pour raisons de santé. Il est nommé président d’honneur. Vuichon est pressenti pour le remplacer, mais c’est finalement M. Armand Rastoul qui est nommé. Raoul Guyot remplace Bescond au poste de secrétaire adjoint. Lors de cette séance, Regnier informe les membres du comité que la création d’une filiale dite « Société féminine des sports et de défense du caractère régional et local » est reportée du fait qu’un « nombre insuffisant de dames a répondu à l’appel qui leur avait été adressé ».
Suite à une démarche de l’association, l’aménagement de la rotonde de Châtillon et des parties boisées du parc Beauséjour doit permettre la création d’un « espace libre important ». Il est prévu d’y établir une promenade champêtre, un belvédère avec une vue admirable, un verger et un jardin de démonstration pour les enfants. Ensuite, c’est la « question de la sauvegarde des espaces libres du Fort d’Issy », promis à la construction de casernes pour la gendarmerie, qui est abordée. Un courrier est adressé au préfet afin de racheter à cet effet une partie de ces terrains. Des tracts sont distribués en diverses occasions afin de faire connaître l’activité de l’association.
Des contacts sont établis avec M. Rozier, conseiller municipal, « pour examiner les éléments du plan d’aménagement sur lesquels un accord pourrait se faire avec la municipalité et qui pourrait être ainsi défendu en commun ». Parmi les démarches entreprises par l’association, Regnier rédige une lettre adressée à la Société de protection des paysages « pour lui demander que dans les budgets d’hygiène départementaux et communaux une partie des dépenses annuelles soient obligatoirement employés au rachat de parcs, propriétés, terrains de jeux, etc. » Une nouvelle fois, la dimension « écologique » du groupement est mise en avant.
Enfin, pour clore ces années 20, les deux conférences données par MM. Amédée Gastoué[ix] en 1927 et Albert Pernet en 1928 remportent un vif succès. Vingt-cinq exemplaires de la brochure éditée à l’occasion de la conférence du docteur Pernet[x] sur l’histoire de Clamart sont offerts aux nouveaux adhérents. Dans ce document de 28 pages, Pernet reprend des éléments de l’histoire de Clamart qu’il puise dans la conférence d’Amédée Gastoué et dans les ouvrages[xi] de l’abbé Lebœuf, d’Alexandre Barbaroux, de M. Bournon et de M. Guasco. Il apporte également des éléments nouveaux sur l’histoire de la commune et conclut sa conférence en rappelant les objectifs poursuivis par Les Amis de Clamart : « Son but est de préserver les sites, maintenir les espaces libres (jardins, parcs, etc.), conserver les parties anciennes et pittoresques de Clamart, défendre les traditions familiales du pays, et d'une façon générale conserver le plus possible son caractère. »
[i] Président de l’Association des chefs de famille de Clamart
[ii] Les Amis de Clamart. Procès-verbaux des assemblées du 7 juin 1924 au 1er décembre 1967
[iii] 1933.
Le vétéran. Bulletin de la Société nationale de retraites. Les vétérans des armées de terre et de mer 1870-1871, fondée à Paris le 1er janvier 1893
[iv] Création de la société Les Amis de Clamart. Gisèle Jullemier. Document reprographié
[v] Crée en 1924 comme les Amis de Clamart. https://amis-de-sceaux.org/
[vi]
Op cite. Procès-verbaux des assemblées
[vii] Alcide Lance est le nom d’auteure de madame Raymonde Cheminet, Alcide Lance étant le prénom et le nom de son mari
[viii] 1984. Société historique et culturelle 1924-1984, Catalogue de l'exposition réalisée pour les 60 ans de la Société sur les métiers et artisans de Clamart, 99 f. multigraphiées, 30 cm. Alcide Lance. Les Amis de Clamart
[ix] Amédée Gastoué (1873-1943) est l’auteur de nombreux ouvrages sur la musique. Compositeur et musicologue, il est spécialiste de la musique sacrée, du chant grégorien et de la musique française du Moyen Âge. Professeur à la Schola cantorum. Fondateur de la Société française de musicologie. Bibliothécaire à la Bibliothèque de l'Arsenal
[x] 1928. Clamart, son histoire, son charme, conférence du 2 juin rédigée et présentée par le docteur A. Pernet, Les Amis de Clamart. A5 agrafé, non paginé
[xi] Voir bibliographie